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Traversée Phuket - Maldives (Addu) (21 mars 2006)
Croyez-nous que cette première étape vers l'ouest n'a pas été sans mal, en effet:

Dernière photo de la Thaïlande. En arrière plan, Kata beach
Kata

Les premiers jours nous avons été ballottés par une forte houle croisée et donc dans un confort plutôt précaire.
Le deuxième jour, grâce aux podcasts, nous écoutions les Grosses Têtes de Philippe Bouvard. Sous spinnaker, avec 10 à 15 noeuds de vent Minuit avançait bien jusqu'au moment où un bruit sourd nous a précipités sur le pont. Le spinnaker avait explosé. Il avait 33 ans (âge canonique pour une voile) et nous l'avions fait réviser avant de quitter Phuket. Ca n'aura servi à rien ou alors ils n'ont pas vu le point faible.
Qu'à cela ne tienne, nous nous remettons en route avec nos voiles conventionnelles.

Les dernières heures du spi
spi Spi

La moyenne est faible, le vent instable en force et direction. Nous accumulons les manoeuvres sur le pont.
Les batteries se rechargent avec les panneaux solaires, l'éolienne (peu car le vent apparent est faible) et avec un alternateur d'arbre d'hélice.
Soudain un bruit continu et suspect, inconnu au bataillon me fait constater que la poulie d'arbre d'hélice patine autour de l'arbre. Je bloque l'arbre, démonte la poulie et remarque en regardant de près que la nouvelle poulie que nous avons fait refaire (l'autre était piquée) a été ajustée trop approximativement sur son axe. Résultat me voilà en train de bricoler des épaisseurs pour palier à ce problème.
Je l'ai démontée, ajustée et remontée 4 fois pour finalement y renoncer. La poulie nécessite un ajustage dans une atelier mécanique équipé d'un tour. Encore une fois, si le travail avait été fait consciencieusement par l'atelier thaï, nous n'aurions pas eu ce problème.
En traversée, cet alternateur est notre plus grande source d'énergie. Il faut donc gérer la consommation d'électricité. Les plus gros consommateurs sont le pilote et le déssalinisateur. Il nous reste dans le réservoir moins de 100 litres d'eau à ce moment.

La poulie coupable
Poulie

Il m'arrive fréquemment durant la première semaine d'affaler la grande voile de 2 ou 3 mètres pour qu'elle ne claque pas. En effet, la houle est toujours présente et le vent trop faible. Juste le génois et/ou le moteur nous propulsent alors.
Le 3ème jour, après une grande partie de la nuit au moteur, je hisse la grand voile. Elle bloque à 1 mètre du haut du mât. Une latte forcée s'est désengagée du son chariot à roulement à billes. Et une corde du "lazy bag" s'y est coincée. Me voilà montant dans le mât à jeun, toujours par forte houle croisée pour règler le problème.Nous devons faire attention à la consommation de gazole car nous n'avons que 190 litres (jerricanes compris). A cette période, les vents sont faibles. Souvent le passage de l'équateur nécessite de "faire du moteur" par manque de vent. D'ailleurs, les "pilot charts" nous annoncent 17% de calme total(ce qui est énorme) dans le sud des Maldives. Il sera aussi beaucoup plus prudent de rentrer au moteur dans le lagon. Il faudra donc bien compter les heures moteur écoulées.Jeudi 2 mars, nous avons un bon vent du … sud-est. Ce qui est tout à fait anormal pour la saison, mais peu importe, il nous propulse à 6,7 noeuds dans la bonne direction. Nous approchons alors le sud du Sri Lanka.
Une vague couplée à une rafale de vent nous fait gîter un bon coup sur tribord. La porte de la descente (qui n'est autre qu'un planche de bois) est calée, comme à son habitude sur la couchette supérieure de la cabine bâbord. Mais cette fois, sans doute n'était-elle pas bien calée, elle glisse et tombe dans le coffre ouvert où se situe le déssalinisateur. Vraiment pas de chance, elle a brisé un embout en bakélite du filtre 5 microns.
Heureusement, avec notre stock de pièces de rechange en plomberie, nous arrivons à réparer. J'ai dû démonter l'embout, forer le centre pour en remettre un nouveau qui sera collé à l'époxy. Pour l'opération de forage, équipés de plusieurs outils pour maintenir la pièce bien en place sur un tapis antidérapant se trouvant sur la table à carte, nous sommes deux s'assurer un centrage parfait du trou.
Opération réussie… enfin presque. :) Concentré sur mon perçage, je ne me suis pas arrêté à temps et ai également percé le tapis antidérapant et entamé la table à carte. Au moins maintenant elle est personnalisée.

Devinez, ce que c'est! :-)
Trou

Le 4 mars je découvre par hasard que la goupille de l'axe qui retient l'étai s'est brisé et l'axe presque sorti de la cadène. Il en a fallu de peu de perdre le mât. La cause? Une pièce en inox refaite par un Thaï. En effet, elle n'est pas parfaitement symétrique, ce qui a engendré une traction en dehors de l'axe idéal. Provisoirement j'ai arrangé ce problème, mais cette pièce devra aussi être réusinée.La nuit du 4 au 5 mars, le vent se lève, enfin car nous étions encalminé depuis 2 jours.
Vitesse 7 noeuds. A 4h du matin, nous passons à 200 mètres devant un pêcheur à l'arrêt. En un coup Minuit freine. Nous venons de passer sur le filet que le pêcheur traînait à l'avant. Oui vous avez bien lu à l'avant. Il se laissait dériver, en marche arrière avec son long filet à l'étrave. Je réveille Ghislaine, elle roule le génois, nous nous rapprochons du bateau de pêche. Pas question de mettre le moteur en route avec ce filet sous Minuit. Je dois empanner sans avoir l'occasion de retenir la bôme, pour ne pas me rapprocher du pêcheur. J'affale, je mets un masque, m'équipe d'un couteau et plonge pour couper la corde prise dans l'hélice et décrocher le filet du safran. Ouf, ça y est! On s'éloigne du pêcheur et on remet le génois d'abord.
Au moment ou je veux hisser la grand voile je vois une déchirure de 50 cm. Elle n'aura pas résister au choc de l'empannage par 15 noeuds de vent. Il est vrai que cette voile à déjà 30.000 miles de bons et loyaux services. Je prends 3 ris avant de la hisser pour que la déchirure sois à l'abri des tensions de la voile. Nous réparerons au lever du jour.Cette traversée ne sera pas à marquer dans les annales de Minuit.
Je pense que si nous avions quitté un pays où l'on trouve de la main d'oeuvre qualifiée et compétente, nous n'aurions pas eu le problème de la poulie, de l'axe de l'étai, le spinnaker aurait été renforcé au bon endroit ou on nous aurait dit que le tissu n'était plus solide. Nous en aurions acheté un nouveau sans doute.Quant aux pêcheurs, nous avons vu beaucoup de manière de pêcher depuis que nous sommes partis (palangrotte, chalut, chalut tiré entre 2 bateaux, à l'arrêt pour le calamar, filet dérivant, …) mais encore jamais avec un filet à l'avant d'un bateau. Nous passions toujours, dans la mesure du possible, à l'avant des bateaux de pêche pour justement éviter les filets qui normalement sont à l'arrière.En plus, le vent nous aura souvent fait défaut ou était très faible. Nous avons eu plusieurs jours du vent du secteur sud-ouest, ce qui n'est pas du tout le vent de la saison. L'inconvénient? Du vent en plein dans le pif!
Les 3 derniers jours on été un rêve: petit vent de travers à 3/4 arrière et de 5 à 14 noeuds. Une ballade de demoiselles.La mémoire est très sélective et ne retiendra que les belles images de ces 1.702 miles parcourus réellement à 4,52 noeuds de moyenne.
Notre moyenne de loin la plus faible.

Ciel
Ciel
Ciel

Le repos de la guerrière
Ghislaine dort

L'arrivée d'un grain
Grain

Après la pluie, le séchage
Séchage

8 petits noeuds de vent nous propulsent à 5 noeuds
Minuit

Thons attaquant un banc de poissons et survolé par une escadrille d'oiseaux

Thons

Rencontre avec des pêcheurs Sri Lankais; nous avons échangé quelques bières contre des fruits
Pêcheurs

Minuit a traversé pour la 3ème fois l'Equateur et pour la première fois il ne sera pas… minuit.
GPS

Bien entendu nous sommes arrivé à Addu à… minuit (passage de la passe). Le temps de trouver un endroit pour mouiller, il était 1h du matin. Les fonds sont profonds et nous jetons l'ancre à 35 mètres de fond.
A 8h30 les gardes côtes arrivent pour les formalités. En 30 minutes tout est en ordre et ils nous indiquent une petite passe pour accéder à un tout petit lagon où il y a 4 mètres de fond.

Minuit au mouillage dans un petit lagon bien abrité
Addu

La route prévue en rouge (1667 miles) et notre trajet réel en bleue (1702 miles).
C'est le vent, le courant et la houle (afin que le confort soit maximum) qui auront déterminé
notre route réelle jusque Addu, l'atoll le plus au sud des Maldives

Route
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