Derrière les images, il y a les histoires, souvent tristes mais
aussi émouvantes.
Comme nous étions là, laissez-nous vous raconter quelques
histoires que n'ont sans doute pas relatés les médias.
La solidarité d'abord, immense et incontournable.
Dans la baie où nous étions, personne n'osait quitter son
bateau suite à la vague monstrueuse qui avait dévasté les
plages, nous recevions via radio VHF des nouvelles de secousses suite au
premier tremblement de terre, alors, nous sommes restés sur le bateau à regarder
ce que nous pouvions faire.
Les petits restaurants en bord de plage ont déversé leur
lot de chaises en teck et en plastique, de frigo-box de toute tailles,
de parasols, de matelas et heureusement aucun corps.
Tous les bateaux ont repêché tant bien que mal ce qui flottait
alentours et le lendemain, ont été rapporter les quelques
biens qu'ils avaient pu sauver aux restaurants alentours ou du moins ce
qu'il en restaient.
Le lendemain aussi, des dizaines de navigateurs sont allés sur la
plage pour déblayer tout avec les Thaïs et participer à la
reconstruction. Certains se sont portés volontaires à l'hôpital,
portant chacun un badge selon la langue qu'il parlait, de quoi venir en
aide aux touristes en détresse qui cherchaient les leurs dans les
victimes.
Ç
a, nous ne pensons pas que les médias en aient parlé.
Comme vous le savez sans doute, l'île de Phi-Phi, la plus fréquentée à cette époque
de l'année a été dévastée. Nous ne vous
compterons que cette histoire: un européen voit la vague arriver,
s'accroche le plus haut possible à un cocotier. La vague arrive.
Il voit un Thaï passer près de lui, emporté par la vague,
il l'agrippe, le fait monter à son niveau. La vague se retire, ils étaient
tous les deux à 7m du sol. L'amitié qui les lie désormais
ne se raconte pas.
C'est dommage que les médias n'aient pas relaté ces histoires
d'espoir et de solidarité car elles sont légions.
Celle-ci nous touche beaucoup car nous avons navigué sur le voilier
de 59m, "Silolona" lors la régate King's Cup à Phuket,
dont nous vous parlons dans le Journal N°13.
"
Silolona" était à Langkawi (Malaisie) lors du Tsunami
et comme sa "gérante" est américaine mais vit en
Indonésie depuis 15 ans et que l'équipage est indonésien,
ils n'avaient qu'une envie: aller à Aceh (Sumatra) pour apporter
leur aide aux victimes.
A Langkawi, ils ont trouvé une équipe médicale Sikh
prête à partir mais sans aucun moyen de transport ainsi que
des médicaments. Ils sont partis immédiatement embarquant
l'équipe et les médicaments, plus des vivres.
Arrivé là-bas, malheureusement les négociations avec
les autorités indonésiennes ont été interminables
et bien qu'arrivés le 8 janvier dans une baie proche d'Aceh, ils
n'ont pu débarquer que le 11. Dans le village où ils ont
accosté, il restait 2.300 habitants sur 6.000 et l'odeur des cadavres
se sentait à plus de 1Km.
Il est dommage de constater que Sumatra ait mis autant de temps à recevoir
de l'aide. C'est vrai que c'est une île mais les tracasseries administratives
ont freiné l'aide, ce qui est inadmissible et désespérant.
A savoir que cette province demande son indépendance depuis de nombreuses
années. En effet ils ont du pétrole et c'est au gouvernement
qu'il profite. Le gouvernement aurait-il vu une aubaine dans ce désastre
qui a tué une grande partie des indépendantistes?
Sumatra a été la plus touchée puisque c'est là qu'à eu
lieu le tremblement de terre qui a déclenché le Tsunami.
"
Silolona" y a perdu le sommet de son mât dans une mer d'enfer
et ils ont eu beaucoup de courage. Nous leur tirons un coup de chapeau!
Ici, à Phuket, le lendemain de la vague, tous les commerces et les
administrations étaient fermés: ils étaient tous sur
la côte pour aider les sinistrés. Les plages ont été nettoyées
en quelques jours, les corps évacués le plus rapidement possible
et les photos ont été exposées dans les hôpitaux,
les ambassades et les bureaux de police pour essayer d'identifier les victimes
le plus rapidement possible aussi en majeure partie pour évider
une épidémie peu probable.
A Bangkok, notre ami belge sa femme ont été à l'aéroport
de Bangkok pour aider les familles qui étaient rapatriées.
Toutes les nationalités étaient présentes et tous
les expatriés s'étaient portés volontaires pour aider
les autorités Thaïes qui les ont d'ailleurs traitées
avec égard. Cela non plus, les médias n'en ont pas parlé.
Citons une dernière histoire beaucoup moins drôle car elle
nous concerne nous et nos amis belges de Phuket.
Les journalistes de la presse francophone se sont précipités à Phuket
le lendemain de la catastrophe pour prendre les images macabres qu'ils
vous ont montrées au petit écran.
La semaine suivante, nous envoyions ainsi que nos amis belges les premières
photos de reconstruction, faisant honneur au peuple Thaï.
Résultat: aucun média ne les a publiées et aucun d'entre
eux n'a répondu.
Nous ne nous retiendrons pas de traiter les médias de charognards.
Il est triste de constater que les images de cadavres, de personnes sans
logis ont fait les choux gras des médias.
Dans un premier temps, nous avons apprécié ces images choc
dans le sens où jouer sur la corde sensible des téléspectateurs
permettait de rassembler les fonds mais nous trouvons que les médias
ont trop joué l'amalgame entre tous les pays sinistrés alors
que Phuket n'a jamais manqué d'eau ni d'électricité obligeant
nos amis à nous contacter en catastrophe pour voir si nous avions
de l'eau potable et nous demandaient comment nous survivions…
Nous pourrions raconter la même histoire de notre ami "Chouchou" (Georges
Saive) qui a accompagné des journalistes et une télévision
dans la baie de Phnag Nga pour une reconstitution où il était
lors de la catastrophe. Plus tard, il a aussi proposé par mail des
photos récentes sur la reconstruction. Il n'a pas été recontacté.
Les médias n'ont pas fait le suivi que nous souhaitions qu'ils fassent
car nous étions ici et nous vivions la reconstruction chaque jour.
De plus, nous vivons chaque jour aux côtés des Thaïlandais,
qu'ils soient conducteurs de taxi ou de bus, propriétaires d'une
petite gargote ou d'une boutique et ils avaient le coeur lourd de voir
ces images horribles sur tous les écrans du monde alors qu'ils avaient
mis tant de courage à faire de Phuket une île plus que vivable
pour les touristes dans les quelques jours qui ont suivi le Tsunami.
Ce n'est pas faire honneur à leur courage que de faire fuir les
touristes et nous avons décidés de rester ici car, nous les
aimons, nous les Thaïlandais et nous n'allons pas nous encourir!
Qui que vous soyez, où que vous soyez, dites vous qu'au delà des
images choc, il reste le courage, la solidarité et l'espoir!
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